Utiliser son influence individuelle

Dernière mise à jour : 26 févr. 2021

J'aimerais que plus de monde utilisent leur voix pour parler d’enjeux de causes sociales. L’influence individuelle qu’on a toustes est impressionnante.


C’est aussi simple que d’arriver dans ton cours avec un café-frappé-chocolaté-latté-moussé Starbucks. Tu donnes envie aux gens autour de toi d’en acheter un. À l’inverse, si tu partages une opinion négative sur une série Netflix, tu viens probablement d’en dissuader certain(e)s de l’écouter.


C’est la même chose pour les enjeux de justice sociale. Ça parle de racisme systémique partout, mais le jour où c’est toi qui vas en parler, peut-être que ton père ou un de tes anciens profs ou ta collègue vont être plus portés à écouter.


J’ai des ami(e)s qui ne s'étaient jamais tant questionné(e)s sur, disons, la grossophobie. Mais quand je me suis moi-même prononcée, tout d’un coup iels étaient attentif(ve)s parce que, justement, c’était leur amie qui le disait. J’avais même des messages d’ami(e)s de mes parents, d’ancien(ne)s collègues, des connaissances du secondaire.


Exemples d’allyship ordinaire


  • Les adolescents ont commencé à mettre des jupes, et, enfin on a parlé du sexisme de l’uniforme scolaire. C’est une dénonciation vieille de plusieurs générations, mais on n’avait jamais vraiment écouté.


  • Jay du Temple a porté du vernis à ongles, et ça a ouvert la discussion sur la fluidité de genre et la masculinité toxique. Tout d’un coup, c’était un petit peu moins jugé d’être queer. Des drag queens, des personnes trans et autres personnes appartenant à la communauté LGBTQ+ l'avaient toujours fait, mais ç’a pris un homme cisgenre hétérosexuel pour qu’on décide d’en parler.


  • Des vedettes masculines ont expliqués la culture du viol, et les autres hommes ont écouté ce que les filles disaient depuis toujours. Durant la vague « C’est assez » de l’été dernier, j’ai été surprise de voir mon collègue homme cisgenre répondre aux commentaires invalidants, stigmatisants, victimisants. Je n’ai pas été surprise, par contre, de voir que lui, on ne l’obstinait pas, quand, pourtant, on écrivait pratiquement la même chose.


  • Les blancs ont scandé « Black Lives Matter », et les médias traditionnels se sont intéressés au mouvement. Bon, pas toujours comme on aurait voulu. Mais le sujet est maintenant sur toutes les tables de débat.


Savoir passer le micro


Étrangement, c’est quand on n’est pas directement affecté(e) par une cause qu’on semble plus crédible pour en parler. C’est comme si on était trop émotif face à la situation autrement. C’est comme si on se victimisait, qu’on exagérait, qu’on n’était pas objectif(ve) face à la situation donnée.


Mon analyse est peut-être erronée. Mais dans le cas des jupes pour le sexisme scolaire, c’est les garçons qui ont fait la couverture du Devoir. Pour l’habillement de Jay du Temple et la fluidité de genre, c’est lui qui a fait la une du Elle. Et pour parler de racisme, ce sont les chroniqueurs blancs du Journal de Montréal qui ont saisi leur plume.


Pourtant, le but d’attirer l’attention sur les discriminations, c’est justement de donner une voix aux personnes qui en souffrent. Est-ce vraiment aider que de prendre toute la place dans le débat?


Le contre-argument de l’allyship


Certain(e)s s’opposent complètement au concept.


Parce que donner le titre d’«allié(e)» à quelqu’un équivaudrait à glorifier ses gestes, qui ne devraient relever que de la décence humaine. Parce que ce serait comme mettre une médaille au cou de quelqu’un qui accomplit le minimum acceptable.


C’est aussi une façon de s’émanciper de l’image du blanc cisgenre priviligié qui participe aux systèmes disriminatoires. « Je ne suis pas le problème, je suis un(e) allié(e). Une façon de se dégager de sa part du problème.


Et maintenant?


Bien évidemment, considérant que j’ai désormais un blog sur le sujet de la justice sociale, je pense sincèrement qu’il y a moyen d’utiliser son influence individuelle à bon escient. Je trouvais toutefois important d’aborder les contres-arguments et les nuances. Ainsi, on se questionne, on apprend, on grandit.


J’ai confiance qu’on peut faire le bien sans rien n’attendre en retour, par principe, par empathie, et par bienveillance. J’ai confiance qu’on peut être un(e) allié(e) dans les causes sociales et qu’on peut savoir passer le micro. J’ai confiance qu’ensemble, on peut être la solution.


Utiliserez-vous votre voix?

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