Transidentités et « Super Straights » : la science répond

Dernière mise à jour : 23 juil. 2021

Avant qu’il ne soit banni, le terme « super straight » envahissait mon fil d’actualité sur l’application Tiktok. Ce terme fait référence aux personnes hétérosexuelles qui excluent entièrement les personnes transgenres de leur « orientation sexuelle ».1 Ces personnes, rejetteront quelqu’un qui pourrait leur plaire physiquement, psychologiquement et/ou romantiquement uniquement parce que son genre ne correspond pas à son sexe assigné à la naissance. En tant qu’étudiante à la maîtrise en médecine moléculaire, je me suis énormément questionnée sur leurs motifs et je me permets maintenant de me prononcer sur le sujet.


Avant de commencer, je tiens à souligner que je ferai souvent référence aux femmes trans dans mon texte, car je remarque plus d’hommes que de femmes s’identifiant comme étant « Super Straights ». Toutefois, l’ensemble de mes propos s’applique aussi aux hommes trans. De plus, par personne trans, je fais référence à une personne qui ne s’identifie pas au genre qui lui a été assigné à la naissance, à l’opposé des personnes cisgenres. Pour plus d’informations sur les identités de genre : Le modèle de la licorne du genre.


Gardons en tête que la transphobie a longtemps été normalisée dans la culture pop. Pensons aux blagues où un personnage apprend avoir couché avec une personne trans dans des séries comme How I Met Your Mother, Friends ou Family Guy. Comme toute forme de discrimination, la transphobie nous est apprise. On peut la déconstruire.


« Je ne suis pas attiré par les femmes trans, car elles ont déjà été un homme »


C’est la justification la plus fréquente des personnes s’identifiant à cette nouvelle « orientation sexuelle ». Cette phrase est extrêmement problématique en plus d’être scientifiquement inexacte, car la science affirme que les transidentités sont valides : les femmes trans sont des femmes et les hommes trans sont des hommes.

Plusieurs études ont démontré qu’il ne semble pas y avoir de dimorphisme sexuel au niveau du cerveau. En d’autres mots, les seules différences observées entre les hommes et les femmes s'expliqueraient par la socialisation.4,5 Les cerveaux des hommes et des femmes sont biologiquement identiques.


Il semblerait aussi qu’il y ait une composante génétique qui influence l’identité. Par exemple, deux jumeaux identiques (bagages génétiques identiques) sont plus souvent tous les deux transgenres que des jumeaux non identiques (bagages génétiques différents).6 Cela va de pair avec le fait que la transidentité n’est pas un choix, mais bien qu’elle est déterminée avant la naissance.


Justifier l’exclusion des femmes trans sous prétexte de ne pas être attiré par elles, c’est sous-entendre qu’elles ne sont pas réellement des femmes et que la transidentité est une caractéristique visible à l'œil nu. Cela ne fait aucun sens.avec la chirurgie, il peut devenir impossible de faire la distinction entre une femme cis et une femme trans en se basant sur l’apparence seulement. En ce sens, cette justification est problématique pour la simple raison qu’elle nie la transidentité.


« … , mais je veux avoir des enfants biologiques »


C’est un autre exemple d’argumentaire fréquemment utilisé. Je peux comprendre le questionnement. J’ai tout de même l’impression qu’il s’agit plutôt d’une excuse que d’une inquiétude légitime. Je vous explique pourquoi.


Au Canada, un couple hétérosexuel cisgenre sur six est touché par des problèmes d’infertilité. La femme est en cause dans 40% des cas et c’est l’homme qui l’est dans 30% de ceux-ci. Les autres cas d’infertilité sont soit une combinaison des deux ou bien l’origine est impossible à déterminer.7


Évidemment, les femmes cis peuvent être infertiles. Malgré cela, les hommes « super straight » portent une attention particulière à cet aspect uniquement lorsqu’il s’agit d’une femme trans, ce qui sous-entend que la capacité reproductive de la femme n’est pas ce qui leur importe vraiment. Par conséquent, si les hommes se qualifiant comme étant « super straight » ne mettent pas la même énergie concernant la fertilité des femmes cis, voire même leur propre fertilité, il s’agit seulement d’une excuse pour justifier leur transphobie.


Enfin, sans trop entrer dans les détails, car ce sujet pourrait couvrir un billet de blogue à lui seul, je trouve que de réduire l’identité d’une femme à sa capacité à avoir des enfants est incorrect, voire misogyne.


« Oui, mais les femmes trans restent des hommes génétiquement parlant »


Cet argument aussi est scientifiquement faux. Les variations du développement sexuel (VDS) regroupent les situations où une personne naît avec des caractéristiques sexuelles qui ne correspondent pas à la norme sociétale ou médicale déjà établie.8 Ces personnes, aussi appelées intersexes, représentent environ 2% de la population et sont autant présentes dans la société que les personnes aux cheveux roux.9


De manière générale, chez l’humain, nous considérons que les personnes avec les chromosomes sexuels XX sont des femmes et que les hommes sont XY, mais la réalité est beaucoup plus complexe.


La science appuie le fait qu’il existe plus de deux genres. Par exemple, certaines personnes naissent avec les chromosomes sexuels XX tout en ayant des organes génitaux masculins parfaitement fonctionnels. Une personne peut également naître en étant XY et avoir des organes génitaux féminins considérés normaux.10 L’intersexualité peut se présenter sous plusieurs autres formes. Voici une liste non exhaustive d’exemples:

  • Le syndrome de Turner, où une femme naît avec seulement un chromosome X, touche une femme sur 300

  • Une femme sur 1000 vient au monde en ayant trois chromosomes X

  • Le syndrome de Klinefelter, présent chez un homme sur 600 qui a trois chromosomes X ou plus

  • Un homme sur 1000 se retrouve avec un chromosome Y de plus 11

Les genres ne sont donc pas binaires, mais des spectres, contrairement à la croyance populaire, et les chromosomes sexuels, XX et XY, ne sont pas représentatifs du genre auquel une personne s’identifie. En d’autres mots, les chromosomes sexuels ne suffisent pas pour déterminer le genre d’une personne ni pour justifier des propos transphobes.

« Super straight » = orientation sexuelle légitime ou transphobie?


À mon avis, le mouvement « Super Straight » n’est pas malveillant en soi, mais plutôt le fruit d’un manque de connaissances relatif aux différentes orientations sexuelles et identités de genre.


Exclure la totalité des personnes trans de son bassin de partenaires potentiels ce n’est pas une orientation sexuelle, c’est de la discrimination, de la transphobie.. Si tu te considères comme étant hétérosexuel.le, ceci implique que tu es attiré.e par les personnes du sexe opposé, ce qui inclut, par défaut, les personnes cis ET les personnes trans. Certes, je suis d’avis que quelqu’un, peu importe son orientation sexuelle, peut avoir une préférence pour les personnes cisgenres. Cependant, il demeure capital de se questionner sur ce qui justifie cette dite préférence. Nous venons tous au monde avec des biais inconscients, c’est hors de notre contrôle. Nous nous devons de les confronter et de les déconstruire, surtout lorsqu’ils viennent nier l’identité de certaines personnes tout en les déshumanisant. La ligne entre préfèrer et discriminer est très mince.

En résumé, la science confirme la non binarité des genres et la validité des transidentités. Il ne devrait quand même pas être nécessaire d’étudier les personnes transgenres juste pour pouvoir valider leur identité.12 L’empathie, l’écoute et l’éducation sont de mise et suffisantes. Les transidentités sont un exemple parmi tant d’autres de la complexité et de la beauté de la nature humaine.


J’en profite pour souligner l’excellent travail que fait l’organisme du mois, AlterHéros, pour lutter contre la stigmatisation envers la communauté LGBTQIA2S+ en plus d’offrir des ressources pour ses membres. Si ce n’est pas déjà fait, je vous encourage à contribuer en effectuant un don si vous en avez les moyens : https://www.leportevoix.org/dons .


Vous êtes-vous déjà questionné.e sur vos préférences dans vos relations (amicales/amoureuses/sexuelles/etc)? Leurs origines? Avez-vous trouvé l’expérience inconfortable? Partagez vos réponses en commentaire! Je vous invite également à démarrer des discussions sur le sujet avec vos proches en leur partageant ce texte.

 

Salut! Je m'appelle Martine Voisine. Je suis bachelière en sciences biomédicales et étudiante à la maîtrise en médecine moléculaire. J’adore vulgariser la science et c’est pourquoi, tout récemment, j’ai lancé mon projet « Faut qu’tu m’expliques » qui vise à démocratiser la science, faire la promotion des femmes en science et promouvoir la recherche qui se fait au Québec. Si vous désirez nous suivre : FQTM sur Facebook | FQTM sur Instagram

 

Pour en savoir plus...


  1. Documentaire « Ni fille, ni garçon » de Téléquébec (sur la réalité des personnes transgenres au Québec) : https://www.telequebec.tv/documentaire/ni-fille-ni-garcon

  2. Variations du développement sexuel, génétique + cerveau + hormones et genres : https://blogs.scientificamerican.com/voices/stop-using-phony-science-to-justify-transphobia/

  3. https://sitn.hms.harvard.edu/flash/2016/gender-lines-science-transgender-identity/

  4. Article de Vice qui aborde le début du mouvement sur Tiktok et Reddit jusqu’au moment où les SS en furent banis : https://www.vice.com/en/article/5dp793/superstraight-sexuality-movement-transphobia-reddit-tiktok

 

Références:

  1. Super Straight. (2021, 20 mars). Sur wikia.

  2. Luders, E., Sánchez, F. J., Gaser, C., Toga, A. W., Narr, K. L., Hamilton, L. S., & Vilain, E. (2009). Regional gray matter variation in male-to-female transsexualism. NeuroImage, 46(4), 904–907.

  3. Rametti, G., Carrillo, B., Gómez-Gil, E., Junque, C., Segovia, S., Gomez, Á., & Guillamon, A. (2011). White matter microstructure in female to male transsexuals before cross-sex hormonal treatment. A diffusion tensor imaging study. Journal of Psychiatric Research, 45(2), 199–204.

  4. Rosenfeld, C. S. (2017). Brain Sexual Differentiation and Requirement of SRY: Why or Why Not? Frontiers in Neuroscience, 11.