Petite histoire de poils

Je ne vais pas commencer par un « il était une fois », mais je vais te raconter une petite histoire de poils. De poils sur un corps de jeune femme cisgenre blanche. De mes poils.


J’ai toujours eu une pilosité assez développée. Au primaire, j’ai été dans les premières petites filles à voir apparaître des poils sur mes aisselles, sur mon pubis, et à voir devenir foncé le petit duvet de mes jambes. Honnêtement, je l’ai très mal vécu, car je me sentais anormale.


J’ai ensuite fait la guerre à mes poils pendant mon adolescence. Tout y est passé : rasoir, épilation à la cire, et même le laser vers 16 ans. Personne -je crois- n’apprendra ici que la guerre aux poils est dispendieuse, douloureuse et que certaines complications peuvent survenir : brûlures, poils incarnés, boutons… bref, la joie. À l’aube de la vingtaine, une douce lassitude s’est emparée de moi : je n’avais plus envie de faire la guerre pour quelque chose devenu subitement futile. Révélation féministe? Absolument pas. Juste une écoeurite aigüe de retirer mes poils et d’en vivre les conséquences.


La suite de l’histoire relève par contre de la révélation : si je me fous de mes poils, les autres aussi (généralement). Si je suis à l’aise avec mon corps dans sa version plus naturelle, les autres devront l’accepter. Est-ce-que c’est un privilège? Très probablement que oui. Est-ce-que je juge les personnes qui choisissent de retirer leurs poils? Absolument pas.


Je souhaite simplement susciter une réflexion à toustes sur les raisons qui nous poussent au geste (souvent automatique) d’user de méthodes pour avoir la peau lisse. Les poils ne sont pas sales : ils se lavent au même titre que les cheveux. Les poils ne sont pas réservés à certains corps : la grande majorité de ces derniers ont des poils (retirés ou non). Est-ce-que les poils sont moins esthétiques? Il importe de questionner nos biais, considérant que nous sommes bombardé·e·s d’images de corps lisses – je pourrais aussi ajouter : minces, blancs, jeunes, sans handicap visible, […] –. Est-ce-que le marché de l’esthétique est très lucratif ? Oui.


Le fait d’être une jeune femme et de porter des jambes, des aisselles et un dessus de lèvre « au naturel » ne devrait pas être révolutionnaire. Pourtant, j’ai souvent eu des commentaires dans ce sens : après un certain malaise de la part des autres, s’en suivent des compliments qui parlent d’acceptation de soi, d’exemple à donner. Une geste politique émancipatoire, rien de moins! Peut-être oui, idéalement non. Je souhaite fondamentalement que la question de porter ses poils ou non soit sans importance, que cela revête du même statut qu’une couleur de vêtement. Chacun·e peut avoir ses préférences individuelles en matière de garde-robe, il devrait en être de même en matière de pilosité.


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