Pensionnats autochtones : Restons en colère

Dernière mise à jour : 15 mai

Avertissement de contenu : racisme, violence, génocide, violence à caractère sexuel


Les Canadiens ont un don pour l’alternance cyclique entre le choc et l’oubli


Depuis quelques jours, les Canadiens sont sous le choc. Partout on parle des 215 corps d’enfants autochtones qui ont été retrouvé·es enterré·es dans un ancien pensionnat autochtone à Kamloops en Colombie Britannique.


Cette découverte est atroce, mais pourquoi le choc? On est sous le choc que les horreurs des pensionnats autochtones soient encore une fois jetées à nos visages? Nous aimerions ne pas en entendre parler? Parce que nous ne devrions pas être sous le choc d’apprendre des atrocités qui ont été commises dans les pensionnats autochtones. C'est connu depuis des années. Les Autochtones nous en parlent depuis des années. Il y a eu une commission sur le sujet et son rapport final a été publié en 2015. Ça sert à quoi ces enquêtes et ces commissions si on ne fait rien après?


Trop c’est trop


Il y a fallu qu’on trouve 215 nouveaux corps pour que nous recommencions à écouter les Autochtones. Il n’y a rien de nouveau ici. Nous avons simplement décidé d’oublier jusqu’à ce que nous soyons forcé·es encore une fois d’y faire face.


Cette fois, je refuse que ce choc ne dure que quelques semaines. Je veux que nous demeurions sous le choc, mais surtout que nous exigions mieux de nos gouvernements en ce qui concerne les Autochtones.


Nous sommes en colère parce que nous avons retrouvé 215 corps d’enfants mort·es dans un pensionnat autochtone? C’est bien, mais nous devons aussi être en colère du fait qu’il y a toujours plus de 30 Premières Nations qui n’ont pas d’eau potable. Le gouvernement Trudeau a promis de résoudre ce problème avant Mars 2021, mais ce n’est toujours pas fait.


Nous sommes en colère parce que nous avons retrouvé 215 corps d’enfants mort·es dans un pensionnat autochtone? C’est bien, mais nous devons aussi être en colère du fait qu’il y a présentement encore trop d’enfants autochtones qui sont arraché·es à leurs familles par la DPJ. Ces enfants sont privé·es de leur communauté et de leur culture, tout comme les enfants qui ont été forcé·es d’aller aux pensionnats autochtones. C’est un génocide qui perdure.


Nous sommes en colère parce que nous avons retrouvé 215 corps d’enfants mort·es dans un pensionnat autochtone? C’est bien, mais nous devons aussi être en colère du fait qu’il y a encore des femmes autochtones qui sont stérilisées contre leur gré.


Nous sommes en colère parce qu’on a retrouvé 215 corps d’enfants mort·es dans un pensionnat autochtone? C’est bien, mais nous devons aussi être en colère du fait que nous vivons présentement une crise en raison du nombre alarmant de femmes et de filles autochtones disparues et assassinées. Les Nations Unies ont déclaré cette crise un génocide.


Restons en colère et demandons justice, maintenant!


Je suis tannée que nous soyons pris·es dans un cycle de choc et d’oubli. Je suis fâchée et je vais le demeurer jusqu’à ce que le Canada arrête de violer les droits de Autochtones de toutes les façons imaginables. Et nous devrions tous être fâché·es.


Nous ne devons plus accepter de simples actes symboliques comme le lever du drapeau qui ne fait absolument rien pour aider les victimes des violences commises par l’État canadien.


Nous devons joindre nos voix et notre colère à celles des Autochtones qui sont résilient·es et qui se battent sans cesse pour leurs droits depuis des centaines d’années.


C’est notre responsabilité de s’informer


Je tiens à préciser que si tu ne connaissais pas la réalité des pensionnats autochtones, ce n’est pas de ta faute. C’est un secret que le Canada veut bien garder. Mais maintenant que tu le sais, tu as la responsabilité de t’informer sur le sujet et sur d’autres enjeux que vivent les Autochtones et qui doivent cesser immédiatement.


Voici une brève histoire des pensionnats autochtones. Je t’inclus par la suite une liste non-exhaustive de livres sur les enjeux autochtones que je te recommande fortement de lire. C’est important.


Une brève histoire des pensionnats autochtones


Les pensionnats autochtones datent des années 1600 lorsque l'Église a commencé à tenter d’évangéliser les Autochtones, qu’ils considéraient comme des « sauvages » qu’il fallait éduquer. C’est en 1863 que le gouvernement du Canada s’est officiellement chargé des pensionnats Autochtones en collaboration avec les églises. Tous les enfants Autochtones de 4 à 16 ans étaient forcé·es d’aller à ces pensionnats. Ils et elles étaient arraché·es à leurs familles contre leur gré. Ces écoles étaient décrites comme des endroits où les Autochtones allaient avoir accès à l’éducation, mais ce n’était pas le vrai but.


Le but officiel des pensionnats autochtones était l’assimilation, ou dans leurs mots de « Kill the Indian in the child» (Traduction : tuer l’Indien dans l’enfant ).


En 1920, Duncan Campbell Scott du Departement of Indian Affairs écrit dans une lettre :


“I want to get rid of the Indian problem. I do not think as a matter of fact, that the country ought to continuously protect a class of people who are unable to stand alone. Our objective is to continue until there is not a single Indian in Canada that has not been absorbed into the body politic and there is no Indian question and no Indian Department”

Traduction libre : Je veux me débarrasser du problème autochtone. Je ne crois pas, en fait, que le pays devrait continuer de protéger une classe de personnes qui sont incapables de survivre d'eux-mêmes. Notre but est de continuer jusqu’à ce qu’il ne reste pas un seul Autochtone au Canada qui n’a pas été assimilé et qu’il n’y ait plus de question autochtone ni de département des affaires autochtones.


Au total, au moins 150 000 Autochtones (Premières Nations, Inuit et Métis) sont allé·es dans ces pensionnats où ils et elles étaient séparé·es de leur famille. Les frères et sœurs qui étaient à la même école étaient séparé·es. Iels n’avaient pas le droit de parler leur langue. Iels ne pouvaient manger leur nourriture traditionnelle, ni porter leurs vêtements et coiffures traditionnels. Iels étaient battu·es, sous-nourri·es, parfois même séquestré·es et enchaîné·es. Iels ont été utilisé·es pour faire des études scientifiques contre leur gré. Iels ont été privé·es d’amour et d’affection, quelque chose essentiel pour le développement de tout·e enfant.


Au moins un enfant sur cinq a été abusé·e sexuellement lorsqu’il était à l’école. Au moins 6000 enfants sont mort·es dans ces écoles. Souvent leurs corps furent jetés dans des fosses communes, sans jamais être retourné·es à leur famille ou leur communauté. Souvent leurs familles n’ont jamais su ce qu’il leurs était arrivé. Iels ne sont simplement jamais retournés à la maison.


La Commission de vérité et réconciliation du Canada a publié en 2015 un long rapport qui inclut 94 appels à l’action. Aujourd’hui, en 2021, il n’y a qu’environ 10 appels à l’action qui ont été implémentés. C’est un nombre pitoyable, nous devons faire mieux.


Suggestions de lecture


Sur les pensionnats autochtones

· Five Little Indians, par Michelle Good

· Indian Horse, par Richard Wagamese

· Orange Shirt Day, par Phyllis Webstad

· Seven Fallen Feathers, par Tanya Talaga

· As Long as the River Flows, par Larry Loyie


Sur les enjeux autochtones et l’histoire canadienne à travers des perspectives autochtones

· Indigenous Writes: A Guide to First Nations, Métis and Inuit Issues in Canada, par Chelsea Vowel

· This Place: 150 Years Retold (BD)

· Je suis une maudite sauvagesse, par An Antane Kapesh


Sur des belles histoires, parce que les Autochtones sont bien plus que les atrocités qu’iels ont vécues

· Kukum, par Michel Jean

· Shuni, par Naomi Fontaine

· Petite femme montagne, Terese Marie Mailhot