Nous ne nous excuserons pas pour les traumas que vous laissez dans notre cour

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Accepter le minimum.


En ce moment de noirceur où les féminicides pleuvent, les réseaux sociaux sont tapissés de femmes vénérant les hommes de leur vie de ne point nous battre. On les récompense de ne guère agir sur la supposée agressivité qui siège dans leurs testicules et leurs dites pulsions de mâles. Ils se font offrir des discours ou des médailles chaque fois qu’ils communiquent avec nous autrement que par la violence. On s’acclame devant les exceptions lorsqu’ils chuchotent dans nos oreilles au lieu d’y crier. Désensibilisées de ces violences ordinaires, on tombe rapidement en amour dès les premiers « je m’excuse ». La décence fait partie de nos critères de nomination parce que le respect est loin d’être norme. Les bons gars autoproclamés aimeraient qu’on les applaudisse de ne pas assumer leur propre misogynie.


Les violences s’inscrivent sur un continuum.


Il est temps que la conceptualisation des violences à l’encontre des femmes s’élargisse. Les violences ne nécessitent pas toujours de bleus ni de stress post-traumatique médicamenté. Aucun homme cis n’est à l’abri d’émettre et de répandre les comportements violents qu’ils dénoncent pourtant eux-mêmes sur Instagram lorsqu’ils font face à la réalité des statistiques. Les féminicides constituent la forme la plus visible, mais nous tuer n’est pas la seule façon de nous éteindre. Ils ne supportent pas de nous voir briller parce qu’avec chaque femme qui brille, se trouve un homme à l’ego meurtri de ne pas être le plus remarqué de la file.


Cachez ces épaules que je ne saurais voir.


Je les ai vus scruter nos vêtements à la loupe et nous interdire les camisoles au lieu de dénoncer le regard pervers de leurs chums. Je les ai vus nous traiter d’allumeuses et de dévergondées lorsque nous ne les écoutions pas comme des animaux en laisse. Je les ai vus contrôler nos corps sans remords comme si c’était leur dû de nous traiter telles des marionnettes parce que nous avons appris à les aimer plus fort que nous.


La violence physique est plus pernicieuse que l’on croit.


J’ai vu mon amie sursauter de m’entendre parler de violence conjugale face aux comportements d’autrefois de son partenaire, qui a plus d’une fois fait un trou dans le mur à même son poing après une chicane. Je nous ai vues avoir de gros yeux lorsque nos proches adressaient la violence à même nos relations. Je nous ai vues nier nos blessures par peur de perdre ce qui pourtant nous détruit.


Notre sexualité ne sera jamais votre propriété.


Je les ai vus nous envoyer leur érection comme un trophée à montrer à tout bout de champ. Je les ai vus nous parler sans cesse de leur si grand désir sexuel et de la fréquence des activités sexuelles comme un de leurs standards importants. Je les ai vus nous mettre de la pression en ignorant ce qu’ils nous faisaient encore une fois. Je les ai vus essayer de nouvelles pratiques avec nos corps en oubliant que nous ne sommes pas des poupées gonflables à manier comme bon leur semble. Je les ai vus reproduire des scènes pornographiques par souci de performer leur masculinité qu’ils ne doivent surtout pas perdre. On nous dit que les dénoncer sur des listes est exagéré considérant le niveau de gravité du comportement que nous dénonçons. Mais qui de mieux pour juger adéquatement la gravité de nos traumas que celles qui les subissent ?


Gaslighting, quand tu nous tiens.

Je les ai vus nous traiter de folles lorsque nous osions exprimer notre agentivité. Je les ai vus reprocher à nos émotions d’exister et nous dire que nous sommes trop compliquées pour être aimées sainement par qui que ce soit. Je les ai vus ne pas prendre en main leur santé jusqu’au point de nous obliger à le faire et ensuite nous malmener d’en prendre soin. Je les ai vus traiter leurs ex de tous les noms pour éviter d’assumer leurs propres dérives. Je les ai vus invalider nos perceptions et blâmer nos troubles de santé mentale. Je n’ai pas peur de dire que j’ai tout entendu.


Les paroles ne sont que du vent.


Tant que je ne les verrai pas faire preuve de bienveillance et de patience face aux répercussions qu’ont leurs violences banalisées sur nous, je continuerai d’être méfiante. Tant que je ne les verrai pas user de stratégies sérieuses lorsque la violence s’immisce dans leur propre vie et dans leurs propres comportements, je continuerai de les dénoncer un à un. Tant que je ne les verrai pas se responsabiliser dès les premières fautes, je ne me sentirai pas mal de leur en vouloir pour toutes ces femmes et toutes ces fois.


Je suis épuisée de nous voir dépérir et plus jamais je ne m’excuserai de ne point avoir envie de me taire. Mes sœurs, vous êtes les plus fortes. Et ensemble, nous survivrons.


En toute solidarité, amour et rage.


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