Les humaines de la violence faite aux femmes

Dernière mise à jour : 6 sept. 2021

Tout au long du mois d’avril, Le Porte-Voix organise une collecte de fonds pour Maison Hina. Pour faire un don, CLIQUEZ ICI.


Sara


Sara est intervenante à temps partiel à Maison Hina depuis déjà 3 ans. Elle y a commencé dans le cadre d’un stage alors qu’elle faisait une technique en travail social. Désormais âgée de 21 ans, elle poursuit son baccalauréat à l’UdeM.


À la base, elle se définit comme une femme sociable et très sensible à la misère des autres, qui a toujours eu un besoin d’aider. Elle aime la possibilité de toucher à plein de domaines et de problématiques dans le cadre de sa formation. Elle me dit qu'en maison d’hébergement, elle est amenée à travailler avec des femmes de tous âges ainsi que leurs enfants, en plus de toutes les intersections que sont l’ethnie, l’orientation sexuelle et l’identité du genre, les troubles de santé mentale, etc.

Les femmes victimes de violence étaient une clientèle qui l’intéressait depuis le début de ses études. Bien que la pandémie rende la situation en maison plus difficile, elle se voit travailler en maison d’hébergement à long terme.


Sara est ma cousine-pas-cousine depuis plus de 5 ans. Je l’ai interviewée pour qu’on se rappelle toustes que les intervenantes ne sont pas qu’un groupe, mais un ensemble d'individus. Tout comme les femmes victimes de violence conjugale.


Le quotidien à Maison Hina


Les femmes cohabitent dans la grande maison. L’idée est de faire comme chez soi. Les enfants jouent dans les modules dans la cour, tandis que les mères préparent le souper ou écoutent la télévision. L’intervenante à l’accueil répond aux nombreux appels téléphoniques tandis qu’une autre gère la crise d’un bambin traumatisé.


La vie continue. Certaines continuent d’aller sur leurs lieux de travail, de la même manière que la plupart des enfants continuent d’aller à l’école. Certains enfants vont bien, d’autres non. Les réactions sont variées, mais elles restent des conséquences de la violence dont les enfants ont été témoins. Plusieurs femmes peuvent témoigner que les enfants dorment mieux ou semblent plus détendus après quelques jours à la maison.


Les pensionnaires remplissent une liste d’épicerie et sont responsables de cuisiner leurs repas. Elles peuvent profiter de la salle de jeux, de la cour et du salon, en respectant les mesures préventives contre la covid. La plupart ont une rencontre chaque jour avec leur intervenante attitrée.


Autrement, elles peuvent aller voir l’intervenante en poste pour tous leurs besoins. Que ce soit une fois aux trois jours, ou huit fois la même journée. Parfois, une intervenante va créer un très bon lien avec une pensionnaire, qui va au-delà de la relation d'aide. Cela fait en sorte que ce métier est jonché de petits deuils.


Une chose à retenir, c’est qu’il y a plein de personnes diversifiées qui devront vivre à Maison Hina. Une jeune femme a demandé l’hébergement, car elle allait avoir un bébé. Elle a eu son bébé au cours de son hébergement. Une autre femme atteinte d’une déficience est arrivée à la maison, car son conjoint venait de la jeter dehors et elle n’avait nulle part où aller. Une infirmière en chef qui aurait pu se payer un hôtel quelques semaines en attendant de se trouver un nouvel appartement a choisi Maison Hina pour bénéficier d’un support psychologique adapté.


Le métier d'intervenante à Maison Hina


Le fait de travailler à l'endroit où vivent les patientes permet la création d'un lien très privilégié. Sara voit les femmes quand elles se lèvent et quand elles se couchent. Elle joue à des jeux de société ou regarde la télévision avec elles, ce qui permet des discussions informelles en dehors de la rencontre d'intervention. Il n'est pas question de faire l'intervention et ne plus se voir pendant une semaine.


C'est un métier très humain.


Le rôle de Sara en tant qu’intervenante à Maison Hina, c’est d’être présente. Ce qu’elle aime, c’est que tout est dans l’ici et maintenant. Au téléphone ou en personne, elle doit être disposée à accueillir la peine ou la colère d’autrui. L’idée, c’est de prendre la bonne décision sur le moment, en ayant comme objectif premier de ne mettre personne en danger.


Durant ses quarts de travail, elle est responsable de la sécurité des habitantes, en vérifiant régulièrement qu’il n’y a pas de voiture devant la maison par exemple. Depuis la tragédie survenue vers la fin des années 1990, alors qu’une des locataires a été tuée à l'intérieur de la résidence par son ex-conjoint, la vigilance est accrue.


Sara aime beaucoup son équipe et la solidarité entre les autres intervenantes et elle-même. Elle aime le défi de munir les femmes du plus d’outils possibles avant leur départ, le tout dans le respect des limites de la cliente. Elle est consciente qu’elle ne peut être une sauveuse, mais elle fait de son mieux afin d’équiper les femmes dans leur processus.

 

Comment aider


Sara sent que Maison Hina répond aux besoins des femmes qui bénéficient de ses services. Le problème, c’est que la maison est toujours pleine. C’est le cas de la plupart des maisons d’hébergement au Québec. Il manque de travailleurs et travailleuses sociaux dans tous les milieux, surtout au communautaire vu les salaires peu élevés.


Avec plus de fonds, les maisons d’hébergement déménageraient tous les 20 ans pour protéger la confidentialité de l’adresse. Il y aurait plus de choix de jouets pour les enfants, plus de choix de vêtements pour les femmes, des installations plus modernes, etc.


Dans un monde idéal, les hommes ne seraient pas violents, mais c’est le cas.


Vu l’actualité, Maison Hina tente d’être plus présente sur les réseaux sociaux afin de partager des ressources et de l’information. Comme le disait la coordonnatrice de la maison, Nathalie Villeneuve, dans le texte de présentation de l'organisme, c’est très important d’être sensibilisé à la violence conjugale pour reconnaître les signes quand ils surviennent. De ne pas fermer les yeux, se disant qu’on ne veut pas se mêler des problèmes des autres.

253 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout