Le féminicide, c’est le problème de tout le monde

Dernière mise à jour : 15 mai

TW : agressions sexuelles, violence due au genre, mort violente

« Si les femmes les plus belles sont dans ton pays, alors pourquoi vous les laissez mourir? » interpellait la rappeuse espagnole Sara Socas lors d’une freestyle battle contre Rapder, un artiste mexicain. Ce dernier parlait des femmes de Guadalajara, une ville dans un des pays les plus touchés par le fémicide.

Ce qu'est le féminicide


Le féminicide (aussi appelé fémicide), c'est le meurtre des filles ou des femmes motivé par leur genre.


L’Observatoire canadien du féminicide pour la justice et la responsabilisation (OCFJR) remarque 14 types de féminicides; cela inclut les meurtres à cause du racisme, aux victimes des mutilations génitales, en passant par celles qui succombent aux violences domestiques. Les femmes trans y sont particulièrement vulnérables, et encore plus si elles ne sont pas blanches.


Globalement, ces sentiments anti-femmes causent l'assassinat de plus de 66 000 filles et femmes chaque année. Une conséquence irréparable et motivée par la brutalisation de millions d’entre elles.


La pandémie est aussi un facteur ayant aggravé la situation. Dès le début du confinement, un nombre record de plus de 400 femmes en sont mortes au Mexique en moins de 2 mois. En Afrique du Sud, 21 féminicide ont été déclarés en quelques semaines après un changement des mesures de sécurité contre le virus. La violence domestique en est largement coupable. En France, les incidents rapportés aux autorités ont augmenté de 42 % depuis le confinement. Une province en Chine remarque que leur nombre a triplé.


Par conséquent, les Nations Unies ont communiqué l’urgence de la création d’observatoires contre le féminicide ce mois de novembre dernier, pour combattre cette « autre pandémie ». L’organisation cherche à instaurer des programmes comme l’OCFJR dans plusieurs pays pour éduquer le public et permettre à chaque pays de lutter contre cette violence.


Le silence envers le féminicide

Même avec ces chiffres démesurés, il existe des endroits où on ne parle toujours pas du féminicide. Aux États-Unis en particulier, où au moins 3 femmes par jour en sont victimes, on ne proteste pas la cause explicitement. Même les assassinats les plus évoqués sur les réseaux sociaux, comme ceux de Oluwatoyin Salau ou bien Vanessa Guillén, ne provoquent pas d’outrage collectif contre la violence anti-femmes qui les a tuées.


Cependant, ces agressions qui mènent au féminicide sont empirées dans le pays par la légalité des armes à feu. Giffords, une organisation qui observe leur prévalence, remarque que la moitié des femmes tuées par arme le sont par un partenaire intime.


Le silence envers le sujet est attribué par des féministes étatsuniennes à la culture patriarcale et misogyne et un système légal injuste envers les victimes de violence qui empêche de bien parler du féminicide.

L’inaction des États-Unis est cependant peu cohérente avec celle de leur territoire non incorporé Porto Rico, qui a déclaré il y a quelques jours un état d’urgence contre le féminicide. De façon similaire, dans d'autres pays où on en discute plus, comme le Guatemala, les plaintes contre le gouvernement aboutissent souvent à des manifestations, notamment une ayant eu lieu tout récemment, en janvier 2021 qui demandait au président Alejandro Giammattei de se prononcer.


Comment aider

Cependant, combattre le féminicide commence chez nous. Si tu te demandes comment aider, il y a deux façons :

  • Premièrement, il ne faut pas agresser les filles et femmes autour de soi. Ce n’est pas seulement ne pas être violent soi-même, c’est aussi intervenir quand des amis font des « blagues » abusives, ou bien connaître les tactiques pour aider quand on assiste à une agression.

  • C’est aussi savoir quoi faire si on connait quelqu’un qui s’est fait abuser, pour s’assurer que la victime soit en sécurité. Cela est important pour tout le monde, car l'OCFJR rappelle que le féminicide peut être commis par des femmes aussi. Garder les yeux ouverts, et savoir remarquer les injustices et les violences qui peuvent amener au féminicide est le plus important pour savoir le prévenir.

  • Ensuite, il faut savoir éduquer. Même avec des artistes comme Sara Socas qui popularisent le sujet (avec par exemple un Tik Tok viral aux États-Unis), savoir parler des statistiques et de leur gravité avec ses amis, camarades, collègues et compagnie est une manière efficace de s’assurer que personne n’ignore la cause.


Si tu cherches des aides gratuites et accessibles pour commencer à en discuter, il y a des livres, des vidéos, et de la recherche plus approfondie. En savoir plus sur le féminicide, ça sauve des vies.


 

Je suis française et espagnole, mais je suis mon cursus en science politique aux Etats-Unis. Mes sujets d'intêret incluent les droits civiques et humains, les relations internationales, et l'éducation interculturelle. Pour en savoir plus, suivez-moi sur Twitter : @laucomino !

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