La notion de privilège

Dernière mise à jour : 23 févr. 2021

Je considère important de prendre le temps d’expliquer certains concepts de base en guise d’introduction au Porte-Voix. Il y a de ces mots que l’on jette dans chaque débat, mais qu’on ne prend pas nécessairement le temps d’expliquer. Le concept du privilège en est un exemple. Cet article se veut une référence; un texte qu’on a sous la main quand le besoin d’apprendre et de comprendre se présente.


Quel privilège que celui de pouvoir choisir sa cause; ou pire, d’avoir l’aisance de ne pas militer du tout.


Du moment qu’une personne n’est pas discriminée systématiquement pour quelque chose, on considère qu’elle est privilégiée. Une femme blanche est privilégiée, car elle ne vit pas de discrimination pour sa couleur de peau. Un homme cis est privilégié, car il ne vit pas de discrimination pour son genre et son sexe. Une personne mince est privilégiée, car iel ne vit pas de discrimination pour son poids. Ça ne veut pas dire qu’on ne vit pas d’épreuves. Ça veut dire que nos embûches ne proviennent pas d’une discrimination systémique.


De plus, on peut être affecté(e)s par des privilèges sur certains aspects et discriminés sur d’autres. Une femme blanche, sans handicap visible et qui a participé à plusieurs activités parascolaires dans sa jeunesse peut vivre du sexisme, même si elle est privilégiée pour sa couleur de peau, sa capacité physique et le contexte socio-énonomique dans lequel elle a grandi. Une femme noire grosse, quant à elle, peut vivre du sexisme, du racisme et de la grossophobie avant même qu’on donne attention à ses privilèges potentiels.


Vivre de la discrimination ne veut pas dire qu’on n’a aucune chance de réussite, mais qu’il y aura plus d'obstacles à franchir pour y arriver. Se battre pour avoir un emploi, pour développer des amitiés, pour être entendu(e), pour sa sécurité. Un adolescent qui doit travailler de longues heures avant et après l’école pour supporter sa famille aura moins de probabilité d’avoir de bonnes notes qu’un jeune qui rentre chez lui pour se reposer et faire ses devoirs. Une personne avec un handicap physique aura plus de difficulté à se trouver un emploi en dépit de ses compétences.


En 2020, je me suis beaucoup renseignée à propos du privilège blanc, de la suprématie blanche et du racisme. Je m’en veux de ne pas avoir su avant. Ou du moins, d’avoir pensé que je ne faisais pas partie du problème.


On dit que c’est un problème de société. Comme si la société ce n’était pas nous. Que ce n’était pas la somme de nos actions, de nos valeurs et de nos mots. Quand le problème de société règne dans le statut quo, on ne peut pas vraiment choisir de ne pas s’en mêler. On y contribue qu’on le veuille ou non. C’est automatique.


La première étape, c’est la prise de conscience de nos privilèges, même ceux qu’on prend pour acquis. On est capable de dire qu’on est privilégié, mais, des fois, je pense qu’on ne réalise pas à quel point. Ou du moins qu’on ne considère pas tout ce que ça implique.


Je disais l’autre fois à quel point j’étais reconnaissante d’être née dans un corps dont le sexe correspondait à mon genre. Je constatais que j’étais soulagée de m’être évitée ce stress du questionnement, des processus et des préjugés et du stigma. Je n’ai rien fait de spécial pour être née femme dans un corps de femme. C’est juste arrivé. J’ai le privilège d’être une personne cisgenre.


Demandons-nous de quels privilèges nous bénéficions et comment ceux-ci ont pu aider à diverses étapes de nos vies. Demandons ensuite quel aurait été notre parcours sans ces privilèges. Peut-être qu'on serait au même endroit, mais probablement pas.


Et demandons-nous comment utiliser nos privilèges pour aider ceux qui n’en bénéficient pas, ou pour faire diminuer la discrimination qui en découle.


Être privilégié.e, ça vient avec une responsabilité. On est responsable d’utiliser nos privilèges pour contribuer à bâtir un monde meilleur, peu importe notre définition personnelle. Dans mon cas, ce serait une société plus inclusive et plus empathique. Une société bienveillante. Juste d’avoir cette ligne directrice dans tous nos petits gestes de tous les jours, même ceux qu’on fait habituellement sans réfléchir, c’est une pas pire révolution.


Avez-vous déjà fait une réflexion par rapport à vos privilèges? Quels constats avez-vous faits? Écrivez-le en commentaire! Et si vous voulez aborder le sujet avec votre entourage, partagez ce texte.

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