La libération en dehors de l’université

Dernière mise à jour : 15 mai

Quand tu penses à une femme libérée, à quoi ressemble-t-elle ? Est-elle une femme indépendante, qui ne se soucie pas de ce que les autres pensent, qui a une carrière, et peut-être un diplôme… ? Si ton image mentale inclut un chemin dans l'enseignement supérieur comme voie de « libération », alors tu es comme de nombreuses féministes, qui voient l’éducation des femmes comme une voie vers l’égalité véritable. On peut tout de suite penser à des militantes de l'éducation comme Malala Yousafzai, la jeune femme qui a changé le monde lorsqu'elle a raconté son affront avec des terroristes en contre de sa scolarité.


On peut aussi voir de grandes figures historiques comme Éva Circé-Côté, une poétesse et écrivaine québécoise qui a ouvert une des premières écoles laïques pour femmes au début du 20e siècle. Rejointes par beaucoup d'autres, ces partisanes de l'enseignement obligatoire croient en une idée centrale : qu'éduquer les filles et les femmes leur donne les moyens de faire leurs propres choix en toute indépendance.

Pourtant, la plupart des militants éminents de la scolarité féminine se concentrent sur l'éducation pendant l'enfance. Il est généralement accordé qu’aller à l’école jusqu’à environ 16 ans doit être obligatoire pour tout le monde; ça encourage le développement humain de plusieurs façons, et celui des femmes davantage.

Néanmoins, en ce qui concerne l'enseignement supérieur (au niveau collégial ou universitaire), on ne s’avère pas avoir le même niveau d’obligation sociale. On comprend plus en plus qu’aller à l’université est un choix, surtout dans les régions du monde où ça coûte cher. Peu de gens militent pour rendre l’enseignement supérieur obligatoire, et aucun n’a le succès ou l’attention que reçoit Malala.

Avec les avances du féminisme et de la libération de la femme, l’idée de vouloir diplômer les femmes sous guise d’avancement social grandit. C’est simple à observer avec nos propres préjugés: à premier coup d’oeil, beaucoup d’entre nous diraient qu’une femme au foyer qui ne travaille pas est moins libre qu’une avocate avec une carrière et plusieurs années d’études sous le bras. En tant que société, nous avons souvent tendance à considérer un passage à l’université comme une clé sociale, qui nous ouvre plusieurs portes professionnelles.

Cela est souvent vrai, vu qu’on gagne plus d’argent avec un diplôme, évidemment. On comprend en général très bien qu’un diplôme est une manière de se libérer, en ayant accès à plus d’opportunités.

Cependant, cette idée reçue donne lieu à un dangereux préjugé : que les femmes sans éducation supérieure ne sont justement pas libérées, surtout dans un contexte féministe moderne. Après une vague d’autonomie féminine, où le rôle de la femme dans la société des pays développés a beaucoup changé, les expectations de ce qu’est une femme féministe et libre se sont transformées.

Mon amie Annie a 27 ans. Elle a deux enfants en bas âge, et un partenaire qui travaille à plein-temps pour qu’elle reste elle à la maison. Ayant choisi de vivre ainsi, Annie se désespère souvent, car les gens ont l’habitude de critiquer son choix. Elle se plaint de ceux qui « n’arrêtent pas de [l]’encourager’ à retourner à l’université, pour [se] ‘libérer’ de [sa] vie en famille ». Elle dit même avoir été appelée une « fausse féministe » pour avoir choisi de rester chez elle au lieu de poursuivre ses études. Et malheureusement, elle n’est pas seule. Le monde est plein à craquer d’anecdotes comme les siennes, et d’histoire tristes de femmes qui regrettent devoir se soumettre la pression de devoir retourner au travail où reprendre leurs études. On voit aussi beaucoup de discussion critiquant ces valeurs soi-disant « erronées », comme dans des forums tels que Reddit ou bien Yabiladi.

Est-ce vouloir rester chez soi, ne pas se diplômer, et s’occuper de sa famille du « faux féminisme » ? Les experts comprennent simplement : non. La manière de le savoir est dans le choix que fait la femme. Le féminisme comprend que des femmes comme Annie, qui choisissent leur vie, sont libérées. La vraie liberté, c’est la liberté de pouvoir choisir. On peut être féministe et mère au foyer. En obligeant les femmes à aller au travail ou à l’université, même si cette obligation est sociale et non pas physique, on se met en contre du principe de l’autonomie féminine. Et historiquement, de passer de forcer les femmes à rester chez elles à s’occuper de leur famille, à les forcer à s’engager dans une carrière universitaire, n’est pas durable. La vraie libération féminine est de permettre de choisir son destin, sans l’oeil critique d’autrui.

Les femmes qui choisissent des carrières plus « traditionnelles » ou sans éducation, qui choisissent de rester chez elles, ne sont pas moindres. Si cela est leur choix, elles ne sont pas moins valables que celles qui choisissent être avocates ou docteurs. La valeur et l’importance d’une vie humaine bien vécue ne dépendent pas de l’éducation, mais du choix libre; les femmes doivent avoir le droit de choisir ce qui les rend heureuses.

Et de toute manière, au lieu de forcer les femmes qui choisissent ainsi de poursuivre des études, il est plus important pour ces militants de l’université d’encourager des conditions plus équitables. Aller à l’université, même pour une femme qui le veut, est toujours très difficile dans beaucoup d’endroits du monde. Ça coûte cher (comme est le cas tristement connu aux États-Unis) surtout pour les femmes, qui gagnent moins que les hommes avec les mêmes diplômes.

Bien que le Québec soit plus avantagé que beaucoup d’autres pays, un diplôme universitaire peut facilement coûter plusieurs milliers de dollars. S’engager à diminuer ce coût pour tout le monde, mais pour les femmes en besoin (sachant que cette difficulté financière est exponentielle pour les mères célibataires sans autre revenu) est essentiel. C’est en tout cas bien plus important que poursuivre des femmes comme Annie.

L’idée que les femmes sans éducation supérieure soient « incomplètes » doit changer. La valeur et la liberté d’une femme et de sa vie ne peuvent pas être calculées, même pas par son éducation.

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