L’activisme, pour l’amour du vendredi

Illustration: Jo Zixuan Zhou/Toggl


En tant que société, surtout en Amérique du Nord, on adore les vendredi soirs et ça se voit. Depuis des hit pop comme « Friday » de Rebecca Black à la chaîne de restaurants américaine « TGI Friday » (ou « Thank God It’s Friday »), la fin de la semaine de travail est très souvent célébrée. Beaucoup d’entre nous y trouvent un moment pour souffler, aller faire la fête entre amis, où bien se planter devant la télé et ne rien faire pour contrebalancer nos efforts poussés depuis lundi. On a tellement hâte de faire tout ça que l’on y rêve; t’es-tu jamais retrouvé en cours ou au boulot un vendredi après-midi, regardant l’horloge désespérément pour que la journée finisse ? Ou bien en imaginant en grand détail tes plans du week-end avant la sonnerie ? Si c’est le cas, tu as ce qu’on nomme gentiment un « case of the Fridays ».


Bien que ça soit un phénomène accepté, et donc discuté souvent avec humour, ça m’a toujours paru assez fort. Comment peut-on encaisser, en masse, que cinq jours chaque semaine nous paraissent tellement durs et pénibles au point de s’obséder sur deux jours de repos ? Et surtout, pourquoi n’avons nous que deux jours pour souffler ?


Ces questions ont des réponses faciles, à premier coup d'œil: tant de monde travaille dans des conditions tellement fatigantes que le week-end est un oasis de bien-être. Et puis, beaucoup de gens aussi n'ont pas le « luxe » d’avoir deux jours de pause. Aux États-Unis, des études en 2014 on trouvé que 50% des étasuniens (de plus de 18 ans et qui travaillent à plein-temps) travaillent plus que les 40 heures standard par semaine. Ces heures sont donc souvent récupérées le week-end, vu que pleins d’endroits tels que les restaurants et les supermarchés fonctionnent toujours bien le samedi et le dimanche.


Mais les vraies réponses à ces questions, c’est qu’il n’y a pas de raison logique. Oui, en travaillant cinq jours sur sept, la personne moyenne devient plus rentable à son chef. Ou bien ceux qui travaillent pour trop peu peuvent s’assurer un minimum de sécurité financière. Tout cela, cependant, au coût cher de son bien-être physique et émotionnel, ce qui rend le repos du week-end critique à notre survie. Sans nos plans de détente de fin de semaine, beaucoup de nous ne pourraient pas continuer à vivre. Deux jours, c’est tout simplement trop court.


Il est cependant incroyable de penser qu’il existait un temps sans aucun repos pour les travailleurs. Le week-end standard en lui-même était, il n’y a pas si longtemps, inconcevable; au Canada, il n'apparaît qu’en 1872 grâce aux syndicats. Et aux Etats-Unis, en 1937 !


Mais, pourquoi vous parler du vendredi, des syndicats, et de la semaine de travail ? J’explique avec cela le raisonnement qui est pour moi l’idée centrale de mon activisme: il faut se poser des questions. Quand on parle du week-end comme étant trop court, il faut se demander pourquoi c’est comme ça, et depuis quand.

Nous vivons dans une société à la fois très âgée et très jeune. Nos systèmes et nos idées sont un mélange de culture et d’histoire qui remontent bien loin dans le temps, et de concepts relativement nouveaux qui se créent sans base véritable. Quand on mélange ces derniers avec l’envie de certains de s’enrichir sur les dos des autres, on arrive à des systèmes comme la semaine de travail de cinq jours. Questionner ces systèmes, et pouvoir savoir d’où ils viennent, est essentiel pour pouvoir éventuellement les changer.


Je m’intéresse à l’activisme, aux causes sociales, et aux histoires des autres pour cette raison. Je trouve qu' il y a beaucoup de questions qu’on ne se pose pas assez souvent, concernant un grand nombre de nos systèmes sociaux (ou bien, si on se les pose, on est facilement découragés d’y trouver la réponse et à lutter pour elles). Il existe aussi un grand nombre d’expériences, de sentiments, et de perspectives; ce qui n'est pour nous pas une question peut l’être pour autrui (ce qu’on voit surtout avec les privilèges qu'ont certains d’entre nous). Pouvoir apprendre des deux, et pouvoir aider où je peux est une consigne que je prends à cœur, car je la considère vitale pour nous tous.


Je ne me trouve par contre pas très centralisée quand j’essaye de définir mon « activisme ». Je n’ai pas une cause centrale ou un seul intérêt particulier, car je trouve qu'aucun aspect de nos vies est libre d’être questionné. Que ce soit les deux jours de week-end, le procès d’immigration dans chaque pays, les traditions sociales comme le mariage, ou bien le fait que l’eau potable coûte de l’argent, tout peut et tout doit être examiné. C’est à base de faire ces remarques et poser ces questions que l’on peut changer le monde.


L’activisme, et ma manière de le suivre, se base principalement sur mes propres expérience, sachant que je vis dans le monde en tant que femme, qu’immigrante, mais aussi comme femme immigrante blanche et sans difficultés financières. Mes privilèges affectent donc les questions que je me pose; ce qui peut ne pas me paraître problématique peut l’être pour autrui. Si j'étais par exemple suffisamment bien aisée pour ne pas devoir travailler du tout, l’affaire du week-end et les problèmes apparents de la semaine de travail ne me sauteraient probablement pas aux yeux. C’est pour ça qu’il est toujours important de s’informer des questions des autres, et de se demander comment quelqu’un dans d’autres baskets verrait certains aspects de notre société. Et encore, il faut surtout savoir écouter les plaintes des autres, et offrir notre aide.


Mais s' il y a une seule chose que je puisse retenir de mon chemin avec l’activisme, c’est que lui ne prend pas de week-end. Bien qu’on puisse toujours pouvoir souffler, le monde continue. Il ne faut donc pas arrêter de se poser des questions, surtout le vendredi.

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