L'échec dans notre système scolaire

Dernière mise à jour : 15 mai

Mes notes à l’école se sont toujours situées dans la moyenne. Mais j’ai toujours eu une certaine difficulté à l’école ; il me fallait toujours mettre deux fois plus d’efforts et de temps que les autres pour y arriver. Je me souviens que l’une des choses qui m’énervaient le plus, c’était que je mettais beaucoup plus d’énergie que certains élèves et je n’étais jamais en mesure d’avoir des résultats aussi bons qu’eux. Je me suis mise à me dire que je n’étais juste pas assez intelligente.


Au début de mon secondaire 5, j’ai eu des problèmes de santé de type neurologique qui sont apparus sans crier gare. J’ai été hospitalisé quelque temps, je n’ai même pas été en mesure de finir mon secondaire comme les autres jeunes de mon âge. Cela fait maintenant plusieurs années de ça et, avec le recul et les suivis que j’ai eus, il est fort probable que la cause de mes problèmes médicaux était due à un épuisement extrême et à de l’anxiété que l’école me causait. Je travaille encore à ce jour à me relever de ces difficultés que le système scolaire m’a léguées. Justement, dans ce cheminement j’ai découvert comment notre système scolaire était en quelque sorte problématique pour des personnes comme moi.


Historiquement parlant


Si l’on commençait par le début et que nous dépoussiérons un peu nos livres d’histoire. L’école qui ressemble à celle que nous connaissons a été conçue pour et pendant la période d’industrialisation. D’une certaine façon, on voulait donner une certaine connaissance de base à tout le monde, un peu pour uniformiser les futurs ouvriers. Si l’on y réfléchit bien, l’école a même été construite sur le même modèle qu’une usine ; on sépare les matières à apprendre comme les différentes unités d’assemblage, on place les enfants en rang d'oignons comme les travailleurs d’usine sur une chaîne de montage. De plus, on regroupe les enfants en année de naissance comme par année de fabrication au lieu de se fier à leur niveau de développement ce qui répondrait mieux à leur besoin.


Malgré le fait qu’il y ait eu des réformes et une certaine modernisation, l’école de nos jours n’a que très peu évolué. La base est restée la même, mais le milieu du travail pour lesquels l’école nous prépare a beaucoup changé depuis ce temps. Ce n’est plus la même réalité.


L’échec


Un problème majeur ressort de notre système scolaire, notre rapport à l’échec. L’échec est un passage obligé dans notre vie. Tout le monde y sera confronté à un moment et il devrait être perçu comme une façon d’apprendre, de changer et de se surpasser. Mais le système actuel nous apprend plus à avoir peur de l’échec, à tout faire pour l’éviter, car ce n’est pas bien. Si tu ne réussis pas un examen, par exemple, c’est parce que tu n’as pas assez étudié, alors tu dois recommencer. Ce qui amène les enfants à faire de l’anxiété dès leur plus jeune âge.


Les examens sont importants, je ne dis pas le contraire, mais on devrait mettre de l’importance aussi sur la qualité du travail, par exemple. Un élève qui ne réussit pas est automatiquement mis dans la case d’échecs scolaires.


Isabelle Plante, professeure au Département d’éducation et formation spécialisées de l’UQAM à sonder 1500 élèves, sur l’anxiété de performance. C’est l’une des premières enquêtes de ce genre réalisées au Québec. Les chiffres obtenus sont préoccupants, 65 % des élèves souffrent de ce fléau de niveau modéré à élevé. Mais le pire je trouve, c’est que ces données n’ont pas été prises sur des élèves d’études supérieures, loin de là. Ce sont des élèves de secondaire 1 de 13 ans, qui ont été sondés. On croit souvent que tout ça ne touche que les études supérieures, mais ce mal commence bien plus tôt et suit souvent pendant toute la scolarité. Un facteur qui peut expliquer que ceci est si répandu est le contexte scolaire.

« Avec la multiplication des programmes sélectifs, l’école est quand même très axée sur la performance. On sélectionne sur le rendement scolaire », souligne Mme Plante.

Dès la cinquième année du primaire, les élèves doivent bien performer s’ils veulent être admis dans un programme particulier sélectif au secondaire.


« Ça ne peut pas faire autrement que de générer de l’anxiété de performance », ajoute Mme Plante.

Aborder les apprentissages


Selon des études en neuroscience, être assis sagement à écouter est la pire façon d’enseigner un savoir à quelqu’un, le cerveau est ainsi dans une position passive. L’idéal pour l’apprentissage est que le cerveau soit en mode proactif. Avec des projets, des activités qui prennent exemple du quotidien et qui mettent en action l’apprenant.


À travers tous nos cours, il n’y a pratiquement aucune place pour le développement des qualités essentielles pour le marché du travail actuel. La créativité et le leadership sont éclipsés par le succès académique. Activité contrôlée, obligation de suivre une manière de faire en particulier apprend inconsciemment au cerveau qu’un problème mène à une solution. Ainsi le cerveau devient en quelque sorte paresseux, car s’il ne trouve pas la solution ultime, il se démotive et préfère souvent ne même pas essayer. En réalité, pour un problème il peut y avoir plusieurs solutions, parfois certaines vont être moins efficaces et plus longues, mais elles arrivent tout de même au résultat escompté.


Une autre façon de faire.


Plusieurs pays scandinaves sont reconnus mondialement pour leur façon de faire au niveau éducationnel. Ils ont les meilleurs taux de persévérance scolaire et d’implication de l’élève. Entre autres en Finlande, il n’y a aucune évaluation dans les 6 premières années d’école. En Norvège, au niveau primaire, aucun niveau ou redoublement n’existe, il n’y a pas de classe à proprement parler. Les élèves sont placés dans des groupes en fonction de leur niveau personnel. Voilà seulement deux exemples parmi tant d’autres, mais cela démontre bien que ces pays sont beaucoup plus avancés que nous en matière de système scolaire moderne.


Encourager et prendre exemple


Ce ne sont pas les enseignants qui ne sont pas prêts au changement. C’est le gouvernement et la bureaucratie. Même si ce n’est pas accessible pour tout le monde, les projets d’écoles alternatives plus intuitifs pour les élèves et les enseignants qui veulent faire la différence et qui travaillent fort pour faire de l’école un milieu d’apprentissage intéressant sont quelques exemples que nous devrions encourager.

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