I'm offended

Quand j’ai lancé le Porte-Voix, je voulais un endroit où on pouvait discuter, poser nos questions, essayer de se comprendre. Je demande à tous ceux et à toutes celles qui écrivent sur la plateforme de faire preuve de bienveillance. On a tout à fait le droit d’être fâché(e) ou d’être triste face aux injustices. Mais on fait de notre mieux pour tenir des propos constructifs, pour faire partie de la solution.


Reste que des fois, je deviens vraiment fatiguée. Sur les réseaux sociaux, j’ai rencontré des gens qui mènent les mêmes combats que moi. Dans mon entourage, c’est autre chose parfois.


Voici trois situations qui se sont passées sur les réseaux sociaux ces derniers jours. Les trois fois, ça impliquait quelqu’un que j’aime. Les trois fois, il n’y avait pas vraiment moyen de parler avec les personnes, qui sont trop fatiguées des débats. Je me suis vidé le cœur dans ce texte.


 

Le 11 février 2021, Structube a publié le message suivant sur sa page Facebook :



C’est sûr que, dit comme ça, ça sonne vraiment comme si Structube avait mangé d'la marde pour rien. « Comme tous nos produits, [les poubelles] ont été nommées avec des noms communs ».


Je dis pas que c’était pas pour rien. Je dis juste qu’avec un message comme ça, mon premier réflexe n’est pas nécessairement de me poser la question.


Les poubelles ont été nommées Walid et Wassim.


Est-ce que ça aurait été mieux de ne donner que des noms typiques des blancs nord-américains venus d’Europe aux meubles? Justine, Ophélie, Marie-Pier… Ça aurait été de l’exclusion, non? Mais dans le climat actuel où on se penche enfin sur le racisme, est-ce que c’était sage de donner des noms d’origine arabe à des objets dans lesquels on met nos déchets? Je ne sais pas.


Je dis juste que la question se pose.


J’aimerais pouvoir citer la chroniqueuse et autrice Manal Drissi, qui a partagé sa réflexion sur les réseaux sociaux suite à l’incident. Au moment d’écrire ses lignes, son profil semble avoir disparu de Facebook.


Elle se questionnait sur ce qui nous avait mené là. Comment on en est arrivé à s’engueuler sur des poubelles. Bien peut-être que si on avait abordé le problème du racisme avant, on n’aurait pas à se demander aujourd’hui si des noms de poubelles pouvaient encore plus nuire.


Avoir un prénom arabe, c’est avoir moins de chances qu’on t’offre une entrevue d’embauche. C’est avoir plus de difficulté à obtenir des visites d’appartement. C’est avoir plus de difficulté à faire des rencontres. Entre autres. Entre mille autres.


Manal Drissi disait qu’elle avait donné un nom québécois à son enfant.


 

J’essaie d’éteindre un feu dont les bûches sont aspergées d’huile. Et au lieu d’en vouloir à ceux et celles qui y ont laissé les bûches s’accumuler, ou à ceux et celles qui versent l’huile sur le feu, on m’en veut à moi d’essayer de l’éteindre. Parce que ça fait du bruit et c’est vraiment désagréable.


Je pourrais juste m’éloigner. Je suis blanche, belle, éduquée, née de parents riches et capable de me déplacer. Je pourrais décider de ne pas me brûler. Ils et elles ne comprennent pas.


 

Ce meme circule sur les réseaux sociaux.



La première fois que je l’ai vu, c’était dans un groupe Facebook où on se partage les memes des républicains qui s’inventent des peurs.


Puis je l’ai vu sur le mur d’une de mes bonnes amies.


Je suis d’accord qu’il y a des débordements. Mais de là à dire que les gens qui se battent sur leurs droits ne sont que des enfants qui feraient tout et n’importe quoi pour un biscuit… Comme si les causes n'étaient pas valides. Comme si c'était si facile de revendiquer. Ça m’a fait mal. Peut-être que je me suis sentie visée.


J’ai demandé des exemples desdits débordements. On m’a parlé de la lapine de Space Jams qui a moins de seins qu’avant. J’ai googlé l’affaire. Comme il y aura aussi des athlètes féminines dans le nouveau Space Jams, les créateurs et les créatrices ont décidé de lui donner une shape plus semblable à ses homologues humaines. Je ne vois pas en quoi c’est du #cancelculture.


 

Je suis fatiguée.


Du racisme.


Du sexisme.


De la culture du viol.



Mes amies aussi sont fatiguées.


Du militantisme.


Des manifestations.


Des revendications.


 

Ce meme circule aussi sur Facebook.



On pourrait penser qu’il se veut une critique de la gauche woke. Mais c’est le contraire.


La compagnie Hasbro change le nom de la gamme MR. POTATO HEAD pour POTATO HEAD. En plus des traditionnels Mr et Mme Patate, elle commercialise un kit comprenant des accessoires pouvant convenir à un genre ou à un autre.


Le feu pogne.


Ça s’indigne.


« ÇA VA TROP LOIN », qu’on hurle.


 

Le juste milieu, ça n’attire pas les clics.


Les grands journaux rapportent les extravagances. Ça a toujours été le cas. Ils s’arrachent les gouttes de trop des mouvements pour en faire de l’encre.


La gauche, c’est l’insolence. La droite, c’est le racisme.