Climat fucked up, écocide, c'est dont ben plate d'être lucide

Dernière mise à jour : 6 sept. 2021

J’ai mal au cœur ce matin. J’ai l’impression que je veux crier, pleurer et rire en même temps. Ce matin, je me suis dit que j’allais finalement lire les résumés du rapport du GIEC, j’ai reporté le moment de le faire parce que je savais au fond de moi ce qu’allaient être les grandes lignes. Je sais qu’on est foutu, y a-t-il quelqu’un·e avec un minimum de conscience qui ne le sait pas encore? Je m’excuse pour ces propos maladroits, comme je le disais, je veux hurler de frustration. À la place, je vais continuer ma journée comme je l’avais initialement prévue, comme si de rien n’était.


Je m'explique


Une version du rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) devant sortir en 2022 a récemment été publiée. Évidemment, c’est un rapport alarmiste. La situation ne s’est pas miraculeusement améliorée par la pensée magique. Même si je pense que pour plusieurs, s’ils·elles ferment les yeux assez forts, ils·elles croient pouvoir passer à côté sans égratignures. Tandis qu’en réalité, ils·elles foncent dans le mur. Quoique moi, que j’aille les yeux grands ouverts ou non, ça ne change pas le fait que je fonce dans le mur aussi. Voici quelques extraits du rapport :

  • « La vie sur Terre peut se remettre d'un changement climatique majeur en évoluant vers de nouvelles espèces et en créant de nouveaux écosystèmes. L'humanité ne le peut pas. »

  • « Les niveaux actuels d'adaptation seront insuffisants pour répondre aux futurs risques climatiques. »

  • « Le pire est à venir, avec des implications sur la vie de nos enfants et nos petits-enfants bien plus que sur la nôtre. »

Impuissance face à une humanité en déclin


J’ai le sentiment que je vais pleurer, parce que je ne peux m’empêcher de ressentir cette inexorable impuissance. Je suis peut-être trop dramatique, mais comme plusieurs, je ne peux m’empêcher de vivre avec ce poids invisible sur les épaules d’une humanité en déclin. Invisible, parce que trop souvent relégué aux archives, de notre mémoire, de notre conscience et des actualités.


Voici quelques articles à la une de Radio-Canada : « Ouvert ou fermé pour la fête nationale du Québec » et « CH : La partie du 24 juin n’inquiète pas les autorités. ». Tandis qu’en fouillant (après Économie, Justice et faits divers, Science ainsi que Techno), se trouve la catégorie Environnement, où on y trouve des titres d’articles tels que : « L’humanité à l’aube de retombées climatiques cataclysmiques » et « La capitale des icebergs n’en compte aucun cette année ». Il en est de même pour Le Devoir, « Au moins un mort lors de l’effondrement partiel d’une tour à logements en Floride » et « Le gouvernement Trudeau survit à un vote de défiance » prennent le dessus sur « L’humanité est à l’aube de retombées climatiques dévastatrices, prévient le GIEC » et « Le Canada aura du mal à atteindre ses cibles de GES ». Ironique, n’est-ce pas ?


Je suis probablement trop dramatique au final puisqu’il est clair que les priorités sur la table en ce moment ne sont pas environnementales. Je vais donc lire un autre article sur le budget gouvernemental ayant pour but une remontée économique. C’est de ça que j’ai besoin en ce moment, un rappel que le monde tourne autour de l’économie, même lorsqu’il n’y aura plus de monde sur cette planète à cause de cette fichue économie.


Constamment entre le marteau et l'enclume


J’ai le goût de crier, parce que la réalité est que si tu veux agir et prêter attention à tes pratiques individuelles pour au moins avoir le sentiment de faire un pas dans la bonne direction, tu te rends rapidement compte que tu en fais 50 en arrière. Et c’est franchement épuisant. Tu es végétarienne, mais on te dit que ça ne change pratiquement rien tant que tu n’es pas végane. Donc tu fais des changements progressifs, tu changes ton lait de vache pour du lait d’amande. Mais, on t’apprend que le lait d’amande consomme pratiquement autant d’eau que le lait de vache que tu buvais avant. Retour à la case départ. Le lait de riz ? Trop de GES. Le lait de soja ? Dégradation des sols et déforestation. Le lait d’avoine ? Bingo, mais tu restes pris entre le marteau et l’enclume dépendamment du type de production.


Donc on fait quoi ? Je n’ai malheureusement pas de réponse à part celle qui est évidente. Il faut qu’il y ait un changement simultané au niveau gouvernemental, communautaire et individuel. Facile à dire, difficile à exécuter dans la situation actuelle. Il y a malheureusement une limite à la portée des actions individuelles et locales sur le développement durable, et ce puisque la définition même du développement durable est « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs. » (Commission mondiale sur l’environnement et le développement de l'Organisation des Nations unies, 1987, p.40).


Néanmoins, comment changer le système actuel lorsqu’on en est l’instigateur, le bourreau et l’esclave du dollar. Estimant qu’à cela se rajoutent tous ceux et toutes celles qui en sont la cruelle victime en ne faisant pas partie du 1% puisqu’ils ont perdu à la loterie génétique.


Jouer au Monopoly les mains vides


J’ai envie de rire, parce que, moi, la seule chose que je souhaite pour mon futur c’est de finir l’école, d’avoir un travail qui n’est pas nécessairement mon emploi de rêve, mais que j’apprécie faire, de gagner assez pour couvrir tout ce dont j'ai besoin, que mes factures ne soient jamais en retard, d’avoir un endroit où vivre, mes chiens aussi. J'imagine avoir quelques plantes, des étagères pleines et d’avoir du temps pour lire à la fin de la journée.


Tandis que je veux hurler de frustration parce que je réalise bien trop souvent qu’on joue au Monopoly, mais que notre seule propriété est brune. Ça pourrait être pire, au moins je ne tombe pas trop souvent sur les bleus. Il y en a d’autres qui ne font que ça, payer les bleus et passer go sans récolter. Ils·elles nous avaient pourtant expliqué les règles dès le commencement. Mais on s’est laissé amadouer par les premières propriétés qu’ils·elles nous ont offertes. Pendant qu’ils·elles nous vidaient les poches grâce à leur rêve américain, on n’a pas remarqué qu’ils·elles détiennent la banque, les cartes sorties de prison et l’entièreté des propriétés. On vit à crédit, la seule chose qu’il nous reste à faire c’est d’hypothéquer les miettes qu’ils·elles nous ont laissé avoir pour un bref instant.


La peur de vivre


En outre, je veux demander s’ils·elles ont conscience de l’ampleur du mal de vivre que ça impose de se faire dire depuis l’enfance que l’humanité a une date de péremption si rien n’est fait. Que d’ici 2050, la température globale aura augmenté d’environ 5 degrés, que la majorité de la population devra vivre avec les conséquences de stress hydriques majeurs, que la diversité dans le mot biodiversité perdra son panache, que la pauvreté augmentera à des rythmes sans précédent, que la barrière de corail disparaitra, qu’il faudra trouver une place pour les réfugiés climatiques, comme si les questions d’immigrations étaient simples. Bref, que d’ici 2050, j’ai peur de vivre. Mourir est facile, mais vivre est ardu.


Savez-vous ce que ça fait de désirer des enfants, mais avoir la chienne de leur reléguer cette impuissance face à ce monstre systémique capitaliste ? De vivre l’anxiété, de foncer dans le mur et d’avoir les yeux grands ouverts, mais ne pouvoir rien faire ? De tellement ne pas souhaiter ça et même pire à quelqu’un d’autre que je considère ne pas avoir d’enfants ?


Finalement, comme l’a bien dit ma meilleure amie en révisant mon texte : « Depuis quand Jeanne est poétique ?!?? Son titre, je suis sûre qu’elle l’a copié à quelque part ». Et en effet, je ne peux aucunement prendre crédit de ces quelques mots qui expriment et transposent si bien les pensées que j’ai tenté de dépeindre dans ce texte. Ainsi, je vous laisse avec le couplet des Cowboys Fringants, leur laissant la tâche de clore mon texte. Parce que je suis fatiguée de remettre en question le motif de ce texte pessimiste. Parce que j’ai peur d’être réaliste. Je vais mettre ma switch à off pour un moment.


Comme plein d'mes contemporains J'pratique le semblant de rien Et j'donne mon accord tacite Au triomphe d'un monde qui s'effrite Climat fucked up, écocide C'est donc ben plate d'être lucide J'préfère mettre la switch à off En attendant la catastrophe


 

MÉDIAGRAPHIE


https://www.ledevoir.com/societe/environnement/613245/l-humanite-est-a-l-aube-de-retombees-climatiques-devastatrices-previent-le-giec


https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1803880/changement-rechauffement-climatique-giec-


Commission mondiale sur l’environnement et le développement de l'Organisation des Nations unies. (1987). Rapport Brundtland : Notre avenir à tous. http://www.ceres.ens.fr/IMG/pdf/rapport_brundtland.pdf


Les Cowboys fringants. (2019). Les maisons toutes pareilles. Dans Les Antipodes.


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