• Flavie

Des femmes au réfrigérateur

Le féminisme est une cause importante et malheureusement toujours d'actualité. Évidemment, d'énormes changements ont eu lieu dans les dernières décennies, mais je suis sûre que plusieurs sont capables de mentionner un événement sexiste qui leur est arrivé récemment. Ce sont souvent des situations qui semblent complètement anodines, mais qui restent quand même déplaisantes à vivre, comme se faire prendre les hanches par un monsieur à l'épicerie qui veut nous faire comprendre qu'il passe derrière nous. Jamais ce monsieur n'aurait pris un autre homme par les hanches dans une allée du Provigo, mais pour nous, vu que nous sommes des femmes, c'est apparemment adéquat.


Avec la dernière année de quarantaine, plusieurs d'entre nous ont passé beaucoup de temps à regarder des films et des séries télé ou à lire. Ce qui est dommage, c'est que beaucoup de sexisme se cache encore à l'écran et dans nos livres. Il existe d'ailleurs un trope particulièrement documenté dans l'univers des super-héros: les femmes dans le frigo (Women in Refrigerators).


L'expression a été créée par Gail Simone, une auteure et scénariste américaine (connue principalement pour sa contribution au comic de DC Birds of Prey de 2003 à 2012), qui s'est rendue compte que bon nombre d'héroïnes et personnages féminins perdent leur statut ou souffrent dans le seul but de provoquer le rôle de protecteur d'un héros masculin ou de faire avancer l'histoire à leurs dépens. L'expression est d'ailleurs inspirée de la mort d'Alexandra DeWitt, la petite amie de Kyle Rayner (un héros de Green Lantern), qui revient à son appartement et la retrouve étranglée et enfoncée dans le réfrigérateur, le poussant à aller se battre contre l'ennemi Major Force. Son existence n'aura servi qu'à faire progresser le scénario pour aller au moment tant attendu.


Mais Alexandra n'est pas la seule. Près d'une centaine de personnages féminins ont été listés en 1999 par Gail Simone pour avoir été blessés, violés, tués ou perdu leurs pouvoirs simplement pour laisser l'avant-plan à un héros masculin. Ce constat a choqué l'auteure, qui en est venu à un avertissement: si on démolit la majorité des personnages auxquels les filles s'attachent, les filles ne s'intéresseront plus aux histoires de super-héros.


Bien sûr, des héros masculins meurent parfois! Cependant, Jeffrey A. Brown, un professeur de la Bowling Green State University, constate une nouvelle différence: non seulement les héros masculins meurent beaucoup moins fréquemment que les héroïnes, mais ceux qui meurent reviennent généralement magiquement à la vie, alors que les femmes sont plus souvent laissées mortes. Il note également que les personnages masculins meurent de façon héroïques, alors que les personnages féminins font plus souvent face à une fatalité des plus banales. Pour en rajouter une couche supplémentaire, il a aussi remarqué que ces femmes sont souvent blessées, mutilées, torturées ou tuées de manière fétichisée et sexualisée, ce qui n'est, encore une fois, pas le cas de leurs comparses masculins. Pour pallier à ce trope, nous avons pu constater l'apparition de plusieurs livres, séries et films avec des héroïnes fortes en tête d'affiche. Les filles et les femmes ont envie de se reconnaître à travers ses personnages et s'imaginer être celle qui sauvera le monde. Ce n'est pas pour rien que Wonder Woman (2017) détient plusieurs records, dont celui des recettes les plus élevées à sa date de sortie pour un film dirigé par une femme, récoltant $35,9 millions en une journée. Au total, Wonder Woman a récolté au-dessus de $821 millions, le classant ainsi parmi les dix films les plus rentables de l'année.


Les femmes en ont assez d'être reléguées à l'arrière-plan. Elles sont fortes et capables de choses grandioses. Elles n'existent pas seulement pour être protégées. Elles ont une vie qui leur est propre et aucun homme ne peut les remplacer. Il est temps d'arrêter d'utiliser les femmes comme de simples outils pour mettre les hommes en valeur.


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