• Flavie

Tu n'es pas brisé(e)

Dernière mise à jour : 5 avr. 2021

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J'ai longtemps cru moi-même que je l'étais. Je te dirais pendant un peu plus d'une dizaine d'années, depuis que la puberté a fait son œuvre et que je me suis rendu compte que je n'avais pas les mêmes pulsions que mes amis du même âge.


Ça a commencé avec les potins à l'école secondaire. Au début, c'était du papotage à savoir qui était le plus beau garçon de la classe. Le temps passe et, éventuellement, ça devient plus sexuel :

« Avec lequel t'aimerais coucher? »

Après tout, on fait face à une bande d'adolescents en pleine piscine à vagues d'hormones, c'est normal d'avoir ce genre de pensées. Sauf que moi, je n'en avais pas. Pourquoi j'aurais un attrait sexuel pour quelqu'un que je ne connais absolument pas?


« T'es une weirdo, toi! », me disaient certains. D'autres me disaient carrément que j'étais « juste une maudite menteuse ». Je subissais déjà, à l'époque, de l'intimidation quotidienne parce que je suis une nerd. Une autre couche d'agression s'est rajoutée quand je suis devenue la « menteuse compulsive » de l'école. En vieillissant, le discours a fini par changer et devenir :

« Elle dit juste ça pour bien paraître; je te gage qu'en vrai, c'est une salope ».

Je suis devenue amie avec un joueur de football dans mon cours d'anglais, et je me suis aussitôt transformée en « une méchante hypocrite, une agace comme il ne s'en fait plus ». Au cas où ce n'était pas clair, je n'ai jamais été attirée par ce gars-là. Mais qui allait me croire? C'est beaucoup plus facile et amusant de continuer comme ça!


Menteuse. Weirdo. Ça a détruit mon estime. Les insultes me collaient à la peau. Je me suis refermée sur moi-même et j'ai commencé à avoir énormément de difficulté à m'ouvrir sur mes problèmes. Rébellion, dépression et pensées suicidaires se sont succédé. J'ai moi-même commencé à faire de l'intimidation en me disant que c'était la seule manière de me faire respecter : avoir l'air aussi tough que les autres.


Les méchancetés se sont calmées au CÉGEP. Probablement que de terroriser ses comparses n'était plus autant une priorité qu'au secondaire. Ce n'était également plus les mêmes personnes que je côtoyais, désormais. Comme quoi couper les liens toxiques est une partie majeure du processus de guérison.


Mais les pensées sombres sont tout de même restées. Et si j'étais vraiment aussi étrange qu'on veut me le faire croire? Et si j'avais réellement un problème? Et si j'étais vraiment brisée?


Je n'ai jamais trouvé quoi que ce soit d'intéressant à la masturbation, malgré une libido présente. Je ne suis jamais intéressée par les beaux étrangers qui me font des avances. Suite à une rupture difficile, j'ai décidé de m'essayer à avoir un « ami avec avantages » : c'est ce qu'on fait quand on est célibataire, non? Après deux soirées de déception, j'y ai mis fin. C'est évident, ce n'est pas pour moi. Mais pourquoi ça marche pour tout le monde, sauf moi? Les questions s'accumulaient, et je ne trouvais aucune réponse. Mes nouveaux amis étaient plus respectueux que les jeunes avec qui j'ai étudié au secondaire, mais j'étais encore considérée, au mieux, prude, au pire, étrange.

« Tu n'es pas obligée de mentir, tu sais, tu peux juste nous dire que t'es trop gênée de dire quelle célébrité tu baiserais. »

Mais tu vois, il est là, le problème : je ne suis intéressée sexuellement par aucune célébrité. Je suis bien capable de dire que Chris Hemsworth est un bel homme! Est-ce que je coucherais avec? Non. Je ne le connais pas, ça ne m'intéresse pas.


On arrive maintenant à décembre 2020. Je suis à la veille de mes 24 ans. Mon amoureux dort à côté de moi et, pour ne pas le réveiller, je commence à faire le tour de mes réseaux sociaux sur mon cellulaire. Et c'est là que je tombe sur un mot qui m'était jusqu'alors inconnu : demisexualité. Je suis une personne de nature très curieuse et très ouverte. J'ai plusieurs causes qui me tiennent à cœur et, si je peux en apprendre plus, je le fais avec plaisir.


Je suis alors tombée sur des forums, comme Reddit, où les gens de plusieurs communautés se retrouvent. Quelques heures plus tard, j'achevais ma dernière lecture, les larmes aux yeux. Mon conjoint se réveille, et je pleure de soulagement, longtemps, dans ses bras : les choses ont maintenant un sens; tout est connecté; je ne suis pas brisée.


Après de nombreuses conversations et une introspection plus que nécessaire, je suis arrivée à la conclusion que je suis demisexuelle. Cette introspection m'a également démontré que je suis bisexuelle (ou, au minimum, biromantique). Cette découverte et cette nouvelle définition de moi-même ont contribué grandement à mieux me comprendre en tant qu'être humain. Être enfin capable de laisser ses traumas derrière et profiter d'une confiance en soi nouvelle, ça a quelque chose d'euphorique.


Alors, à toustes celleux qui lisent ces lignes en se questionnant sur leur identité de genre ou leur orientation sexuelle, et même celleux qui ont déjà fait leur parcours et sont fixé(e)s, je vous dis : vous méritez le respect d'autrui; vous méritez d'être en sécurité dans la société; vous méritez de l'amour; vous n'êtes pas brisés.

 

Salut! Je m'appelle Flavie. Je suis une geek et une passionnée des animaux. Je suis aussi artiste à mes heures, et j'aime particulièrement le graphisme et le dessin! Je dois aussi dire que j'adore les desserts et la pâtisserie!

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