4 raisons de financer les traitements et les recherches en troubles alimentaires

Dernière mise à jour : 5 avr. 2021

Tout au long du mois de février, Le Porte-Voix récolte des dons pour ANEB (Anorexie et Boulimie Québec).


En novembre 2020, Charles Rice, directeur de l’Alliance des groupes d’intervention pour le rétablissement en santé mentale (AGIR), commentait que « les ressources destinées à la santé mentale ne représentent même pas 6 % du budget de la santé au Québec ». (Journal de Québec) On inclut toutes les maladies mentales dans ces piètres 6 %. Inutile de dire que le budget dédié aux troubles alimentaires doit être ridiculement faible…


Or, plusieurs faits le démontrent infailliblement : il faut augmenter le financement des traitements et des recherches en troubles alimentaires.


Voici 4 raisons, parmi une multitude d’autres preuves, qui appuient cette réalité :


1- L’anorexie mentale est le trouble de santé mentale ayant le plus haut taux de mortalité.


Parmi les dizaines de maladies mentales que renferme le DSM-V (manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux), les troubles alimentaires, plus particulièrement l’anorexie mentale, remporte le titre du trouble de santé mentale ayant le plus haut taux de mortalité. On estime en effet qu’environ 10 % des personnes qui en souffrent finiront par mourir d’une de ses complications (problèmes de santé physique ou suicide) à un moment ou un autre. (NIMH)


2- On estime que 3 % de la population souffre d’un trouble alimentaire dit typique.


Ce n’est pas moins que 3 % de la population qui souffrirait d’un trouble alimentaire considéré comme étant typique, soit l’anorexie mentale, la boulimie et l’hyperphagie boulimique (Nutri Sans Chichi). On parlerait donc de plus de 252 000 personnes atteintes d’une de ces maladies au Québec. Ce nombre augmente si l’on inclut les formes dites atypiques (orthorexie, bigorexie, etc.)


3- Les troubles alimentaires sont des maladies mentales particulièrement complexes puisqu’elles affectent également la santé physique.


Les troubles alimentaires sont d’une complexité particulière étant donné tous les impacts qu’ils ont sur la santé physique de l’individu qui en souffre. Il est alors d’autant plus nécessaire que les équipes soignantes soient multidisciplinaires (infirmier(e)s, psychologues, psychiatres, travailleur(se)s social, etc.) et spécialisées dans le traitement des troubles du comportement alimentaire (TCAs).


Quelques problèmes de santé physique pouvant découler des 3 troubles alimentaires principaux :


Anorexie mentale : hypotension, ralentissement de la fréquence cardiaque, basse température corporelle menant au développement d’un fin duvet sur la peau (lanugo), perte de la masse osseuse (ostéopénie, ostéoporose), insuffisance cardiaque, perte des menstruations (aménorrhée), perte de cheveux, difficultés de concentration, troubles de la mémoire, etc. (CMHA)


Boulimie : troubles gastro-intestinaux, inflammation, voire rupture de l’oesophage, érosion dentaire, problèmes cardiaques, déficits électrolytiques, etc. (CMHA)


Hyperphagie boulimique : diabète de type 2, hypertension artérielle, maladies cardiaques, douleur et fatigue articulaires, etc. (CMHA)


4- Le nombre de personnes souffrant d’un trouble alimentaire a bondi depuis le début de la pandémie


En raison, entre autres, de la perte soudaine de repères, de l’isolement et de l'augmentation drastique du temps libre, le nombre d’appels aux organismes œuvrant auprès des personnes ayant un TCA a bondi depuis le début de la pandémie (Radio-Canada, Arrimage Estrie). C’est sans parler du nombre de demandes de traitements. On observe ce que l’on considère une « épidémie de troubles alimentaires » chez les moins de 18 ans. (Le Devoir)


Le nombre d’hospitalisations d’urgence a augmenté drastiquement dans les programmes pour troubles alimentaires, notamment au CHU Sainte-Justine: « D’habitude, on en voit environ 3 à 5 par semaine, estime le Dr Olivier Jamoulle, pédiatre et chef de la section de médecine de l’adolescence. Cet été, on en a vu en moyenne 5 à 10 par semaine. » (Le Devoir) Le phénomène s’observe également chez les adultes : « l’augmentation des demandes d’aide est fracassante! » (ANEB, Huffinton Post)


Pourtant, à l’Institut universitaire en santé mentale Douglas, le centre de traitements le plus spécialisé en troubles alimentaires adultes au Québec, n’a que 6 lits disponibles pour les personnes souffrant de cette maladie potentiellement mortelle, et son programme de jour ne peut qu’accueillir 15 patient(e)s à la fois.


Enfin, les troubles de la conduite alimentaires sont des maladies graves qu’il faut prendre extrêmement au sérieux. Malheureusement, le manque de ressources est criant, les listes d’attente de plus de 12 mois en témoignent.


La question se pose : les personnes souffrant d’une maladie aux conséquences aussi graves peuvent-elles réellement se permettre d’attendre aussi longtemps? Qu’en est-il des cas qui sont « attrapés trop tard »?

 

Sources


1- Journal de Québec

2- Association canadienne pour la santé mentale (CMHA)

3- National Institute of Mental Health (NIMH)

4- Nutri Sans Chichi

5- Association canadienne pour la santé mentale (CMHA)

6- Radio-Canada

7- Le Devoir

8- Huffington Post

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