Être végétarienne mais acheter chez Zara

Dernière mise à jour : 29 juin 2021

Pourquoi achetons-nous à l’encontre de nos valeurs? Serait-ce par manque d’information ou par manque d’intérêt?


Je me questionne souvent sur les motifs derrière les mouvements activistes; il n’est pas question ici de leurs origines ou de leurs impacts, mais des motifs d’un tout et chacun à y adhérer. Est-ce qu’on y participe à cause de l’effet de groupe et de l’attention obtenus ou existe-t-il certaines personnes réellement capables d’abnégation dans leur contribution à ces mouvements? Est-ce que ça importe ou non? Je penche peut-être un peu trop vers une influence kantienne en portant autant d’importance à l’intention derrière l’action.


Un exemple


Prenons par exemple le végétarisme/véganisme; on peut considérer que les motifs derrière l’adoption de cette sorte d’alimentation tombent dans trois catégories, qui sont indéniablement interdépendantes : l’abus de la production animale industrielle, l’impact nocif sur les écosystèmes des cultures actuelles et la popularisation du mouvement (en excluant un besoin physionomique d’avoir recours à cette diète).


Personnellement, je suis végétarienne depuis près de 5 ans et je dois dire que la décision a été prise avec sérieux; j’ai dû réorganiser mon régime. J’ai alors consenti à changer mon alimentation pour des raisons à la fois environnementales et éthiques, en sachant que ce changement était possible grâce à la popularisation du mouvement dans les dernières années. Je prends donc la décision chaque jour de manger selon mes valeurs.


Cependant, pourquoi ce fonctionnement ne s'applique-t-il pas aux autres sphères de ma vie? Particulièrement en ce qui concerne les vêtements, l’industrie de la mode est un désastre socio-environnemental: elle est le deuxième plus grand pollueur mondial et près de 50 000 jeunes filles se retrouvent en situation de travail forcé dans les usines de filature d’Inde du Sud à cause de leur besoin de main d’oeuvre. Compatissons-nous donc davantage avec les animaux qu’avec d’autres êtres humains? Parce qu’il faut tout de même prendre en compte que nous sommes partie intégrante du problème en étant l’instigateur et le serviteur de la fastfashion. Sa belle surface cache et détourne les regards de sa nature complexe.


Le fait est que ce texte n’offre pas de réponse à la question pourquoi nous n’achetons pas selon nos valeurs? et, bizarrement, j’espère qu’à la fin de votre lecture vous en ressortirez avec plus de questions que vous en aviez en débutant. Le seul remontant que je peux offrir est que si c’est par manque d’informations, la suite devrait être un bon départ pour y contrer.

Le désastre de la fastfashion


J’aime bien la définition de la mode par Godart : « La mode telle qu’elle existe aujourd’hui est fille du luxe et du capitalisme, mais elle est parvenue à embrasser des sphères sociales au-delà de son origine ». Cela aborde assez bien l’évolution de la mode jusqu’au sous-produit actuel de fastfashion, défini par la fabrication d’articles pratiquement considérés comme jetables et régie par une stratégie commerciale visant la réduction des temps de production pour une rotation constante des stocks dans les magasins, à faible prix et en synchronisation avec la demande.


Par exemple, la maison mère de Zara sort une nouvelle collection à faible prix toutes les deux semaines. Ceci est possible grâce à la mondialisation et l’industrialisation, qui ont forgé le modèle linéaire actuel, soit extraire, fabriquer, jeter.

Cependant, le revers de cette industrie est frappant en chiffres, car le coût réel de nos achats va bien au-delà de celui marqué sur l’étiquette :


Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, il y a 111 millions d’enfants de moins de 15 ans qui exercent un travail dangereux à travers le monde. Au Bangladesh, passé l’âge de 14 ans, le pourcentage d’enfants issus de bidonvilles travaillant dans l’industrie textile s’élève à 50%.


Sur les 75 millions de travailleurs au sein de l’industrie textile, 60 millions sont des femmes. Elles travaillent en moyenne 12 h par jour, avec un seul jour de repos par semaine, et cela pour 0,6% du prix du produit confectionné.


Comme mentionné dans le rapport d’Oxfam, il faut prendre conscience qu’un vêtement bon marché est source d’exploitation.


C’est un sujet qui est énormément d’actualité et qui est pourtant très peu mentionné dans les nouvelles. Bien entendu, il y a eu le choc du Rana Plaza, le 24 avril 2013, dans la banlieue de Dacca au Bangladesh. Lors de son effondrement, 1138 ouvrier.ères ont perdu la vie et 2 500 ont été blessé.es. Néanmoins, il s’agit d’un des seuls événements qui a été médiatisé à sa juste valeur.


Je trouve hallucinant qu'une si petite partie de la population soit au courant de la situation des Ouïghours. Entre, 2017 et 2019, il est estimé que plus de 80 000 Ouïghours, « minorité musulmane contre laquelle Pékin mène une campagne répressive au nom de la lutte antiterroriste », ont été transférés en dehors du Xinjiang vers des usines du textile un peu partout en Chine (Xu et al., 2020, paragr. 2).


Dans un rapport commissionné par l’Australian Strategic Policy Institute, il a été signalé que les Ouïghours travaillent dans des manufactures faisant partie de la chaîne d’approvisionnement d’au moins 82 compagnies globales très bien connues, telles que Abercrombie & Fitch, Adidas, Amazon, Apple, ASUS, Calvin Klein, Fila, Gap, H&M, Lacoste, Nike, Polo Ralph Lauren, Puma, Skechers, Tommy Hilfiger, Victoria’s Secret et Zara.


À peu près un vêtement sur cinq est directement ou indirectement lié au travail forcé ouïghour. En prenant en compte les conséquences de nos achats, il est d’autant plus ironique de considérer qu’au final le produit sera rapidement consommé, jeté puis oublié pour faire place à un nouveau morceau.


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Comment aider


Il peut être soulevé qu’une raison majeure expliquant pourquoi nous n’achetons pas selon nos valeurs est la disponibilité de tels articles. Il ne faut pourtant pas sous-estimer le pouvoir de l’acheteur dans la demande de ceux-ci et donc dans leurs accessibilités. Puisque les achats se font de plus en plus selon des motifs personnels que sociétales, nous continuons, en tant que société, à consommer les produits d’entreprises irresponsables. Pour contrer l’irresponsabilité sociétale d’entreprise, il est impératif qu’il y ait des changements simultanés au niveau gouvernemental, entrepreneurial et individuel.


Pour ce qui est des actions individuelles, les méthodes les plus efficaces sont :

  • privilégier les fibres recyclées,

  • acheter moins mais acheter mieux,

  • acheter du seconde main,

  • entretenir ses vêtements pour qu’ils durent plus longtemps.

Pour finir, voici le lien d’un document rassemblant les alternatives à la mode éphémères, qui permet aussi de trouver efficacement une friperie dans la ville de Québec : https://art9721.wixsite.com/my-site

 

Pour en savoir plus :


Rapports d’Oxfam – https://oxfammagasinsdumonde.be/content/uploads/2020/11/dossier-une-autre-mode-est-possible.pdf


https://www.oxfamfrance.org/agir-oxfam/impact-de-la-mode-consequences-sociales-environnementales/


Livre – Pour une garde-robe responsable de Léonie Daignault-Leclerc

 

MÉDIAGRAPHIE


ADEME. (s.d.). La mode sans dessus-dessous. https://multimedia.ademe.fr/infographies/infographie-mode-qqf/?fbclid=IwAR3- wAWUvSNRSRgCiZGxvsgsNhcZbnfJ-Aeir-WsN65wswDlJmObN_LmmlU


Commission mondiale sur l’environnement et le développement de l'Organisation des Nations unies. (1987). Rapport Brundtland : Notre avenir à tous. http://www.ceres.ens.fr/IMG/pdf/rapport_brundtland.pdf


Daignault-Leclerc, L. (2019). Pour une garde-robe responsable. Les Éditions La Presse.

Desmoutier, C. (2020). Pourquoi les consommateurs achètent-ils des vêtements qu’ils ne trouvent pas éthiques ? Analyse du fossé attitude-comportement pour des articles de fast fashion [Mémoire de maîtrise en sciences de gestion, Louvain School of Management]. https://dial.uclouvain.be/memoire/ucl/object/thesis:26159


Godart, F. (2016). Sociologie de la mode. Paris: La Découverte. https://doi.org/10.3917/dec.godar.2016.01

Masbourian, P. (journaliste), Craig, I. (collaboratrice) et Depatie, D. (réalisatrice). (2019). La mode, deuxième secteur le plus polluant du monde [chronique]. Dans Tout un matin. Société Radio-Canada. https://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/tout- un- matin/segments/chronique/139374/mode-pollution-environnement-textile


Oxfam Belgique. (2017, septembre). Textile : cessons de creuser le gouffre des inégalités. https://oxfammagasinsdumonde.be/content/uploads/2020/11/dossier-une-autre-mode-est-possible.pdf


Oxfam France. (2020, 24 septembre). L’impact de la mode : les conséquences de la fast-fashion. https://www.oxfamfrance.org/agir-oxfam/impact-de-la-mode-consequences-sociales-environnementales/


Pavic, C. (2020, 11 décembre). L’industrie du textile écorchée par le scandale ouïghour. Le Devoir. https://eureka-limo